La Ville Générique

La ville générique

Rem Koolhaas, 2000

La ville contemporaine est-elle – comme l’aéroport contemporain – « toujours pareille » ? […]

Admettons que l’identité dérive de l’aspect matériel, de l’histoire, du contexte, du réel. Nous avons du mal à imaginer que ce qui est contemporain — et que nous produisons — contribue à une identité. Pourtant, l’humanité connaît une croissance exponentielle. Si bien que le passé finira un jour par devenir trop « petit » pour être habité et partagé par les vivants. Nous-mêmes en accélérons l’usure. Admettons que l’architecture soit un dépôt de l’histoire. Un jour ou l’autre, inéluctablement, cet avoir-là éclatera sous la masse humaine et finira par s’appauvrir.

Concevoir l’identité comme forme de partage du passé est une attitude vouée à l’échec. L’expansion démographique est continue, ce qui implique qu’il y a de moins en moins à partager. De plus, l’histoire a une période d’activité d’une demi-vie seulement (plus on la malmène, moins elle fait sens). De sorte qu’à force de diminuer, elle donne si peu que cela en devient insultant.

Cette perte relative est d’autant plus forte que croît la masse touristique. À force de rechercher ce qui a du sens, l’avalanche des touristes réduit l’identité qu’elle est venue trouver à une poussière dépourvue de signification.

Rem Koolhaas est architecte.« La ville générique », dans Mutations, éditions actar et arc en rêve, Barcelone et Bordeaux, 2000, page 722.

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